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Syndrome de l'imposteur : le reconnaître et le desserrer

5 min de lecture

Syndrome de l'imposteur dans les études : être admis et penser à une erreur, attribuer une note à la chance. Un repérage et deux exercices pour desserrer la pensée.

Le syndrome de l’imposteur désigne la conviction persistante de ne pas mériter sa place, alors que des faits objectifs disent le contraire. La réussite est mise sur le compte de la chance, du timing ou d’une erreur du jury. L’échec, ou même une remarque ordinaire, est pris comme la preuve que la supercherie va être découverte.

Ce n’est pas un diagnostic psychiatrique. C’est un motif de pensée très fréquent chez les personnes qui évoluent dans un milieu sélectif, où l’on compare sans cesse des trajectoires pourtant peu comparables.

Dans cet article : comment la pensée s’installe · un repérage en quelques questions · deux exercices · la nuit et la comparaison

Comment la pensée s’installe

Dans les études, la scène est souvent la même. On est admis, et la première interprétation disponible est : « Ils se sont trompés. » Une bonne note devient « le sujet était facile » ou « j’ai eu de la chance sur la question ». Une copie moyenne devient, elle, la vérité enfin révélée.

La comparaison alimente le motif. On voit le camarade qui parle sans notes, pas les heures qu’il a passées à préparer, ni son propre travail déjà fait. Le groupe sélectionné donne l’impression que tout le monde est plus légitime. Chacun, de son côté, pense être le seul à douter.

Cette pensée a une fonction. Elle prépare à la honte d’être démasqué, en avançant l’humiliation avant qu’elle n’arrive. À court terme, elle pousse parfois à travailler encore. À long terme, elle retire le droit d’utiliser ce qu’on sait : poser une question, rendre un texte, occuper la place qu’on a déjà.

Le climat de compétition d’un établissement pèse ici autant que le tempérament. L’article sur la santé mentale des étudiants revient sur ce point : plus la compétition perçue est forte, plus l’épuisement académique augmente.

Un repérage en quelques questions

Ces questions ne constituent pas un test validé et ne donnent pas de score. Elles servent à voir si le motif est présent, assez souvent pour valoir la peine de le travailler. Lisez-les en pensant aux dernières semaines, pas à une seule soirée difficile.

  1. Après une admission, une bonne note ou un compliment, votre première idée est qu’il y a eu une erreur ou de la chance ?
  2. Vous évitez de parler de ce que vous savez, de peur qu’une question révèle que vous ne méritez pas d’être là ?
  3. Vous comparez votre intérieur (le doute, la préparation laborieuse) à l’extérieur des autres (l’aisance visible) ?
  4. Un retour critique efface plusieurs retours positifs, comme si seul le premier comptait ?
  5. Vous remettez un travail en ayant le sentiment de tricher, même quand vous avez fait le travail ?
  6. Vous attendez d’être « vraiment » compétent avant d’oser une question, un stage ou une prise de parole ?

Si plusieurs réponses sont oui, le motif est actif. Cela ne veut pas dire que vous n’avez rien à apprendre. Cela veut dire que la conclusion « je suis illégitime » tourne plus vite que les faits.

Deux exercices

Nommer la pensée au moment où elle arrive

Quand la phrase surgit ( « ils vont voir que je n’ai rien à faire ici » ), ajoutez un préfixe, à voix basse ou par écrit : « J’ai la pensée que… ». La suite de la phrase reste la même. Ce qui change, c’est le statut qu’on lui donne : un événement mental, pas un constat.

Vous pouvez noter l’heure et la situation en une ligne. Au bout de quelques jours, le contexte devient visible : souvent un oral, un silence dans un groupe, ou le moment juste après un compliment.

Une action petite, observable, le jour même

Choisissez une action que la pensée d’imposture retarde d’habitude, et faites-en une version minimale :

  • poser une question dont vous avez déjà la moitié de la réponse ;
  • rendre le texte sans la dernière relecture « au cas où » ;
  • dire en groupe une information que vous savez, sans la précéder d’une excuse.

L’exercice n’est pas de vous sentir légitime avant d’agir. C’est d’agir une fois pendant que la pensée est là, puis de regarder ce qui s’est réellement passé. La plupart du temps, personne ne « découvre » quoi que ce soit. Le cerveau enregistre alors autre chose que la catastrophe prévue.

Si le perfectionnisme bloque le rendu plus que la peur d’être démasqué, les deux motifs se renforcent. Les travailler séparément évite de tout mettre sur le compte de la légitimité.

Quand la comparaison empêche de dormir

Le soir, la pensée d’imposture rejoue la journée : la phrase maladroite, la note pas encore publiée, le camarade qui semblait plus à l’aise. Le lit devient le lieu où l’on vérifie encore si la place est méritée.

Si la nuit se fragmente, l’article fatigué malgré 8 heures au lit et le calculateur d’efficacité du sommeil aident à distinguer le temps passé à ruminer du temps dormi. Chercher à résoudre la question de la légitimité à 1 h du matin prolonge l’éveil. La question peut attendre le lendemain, avec une action plus petite que « prouver que j’ai ma place ».

Ces situations reviennent souvent chez les étudiants que j’accompagne en service de santé étudiante. Le cadre de ce travail est indiqué sur la page parcours.

Prêt à en parler ?

Si cet article résonne avec ce que vous traversez, une première séance peut aider à clarifier la suite. Cadre confidentiel, au cabinet à Sceaux ou en visioconférence.